On les remarque à peine, et pourtant elles occupent dans le cerveau du chat une place comparable à celle de nos doigts. Les moustaches, que les vétérinaires appellent vibrisses, ne sont pas des poils un peu plus longs que les autres : elles forment un véritable organe.
Un poil bâti autrement
La vibrisse est implantée dans un follicule environ trois fois plus profond que celui d'un poil ordinaire, entouré d'une poche sanguine qui amplifie le moindre mouvement, et innervé par des centaines de terminaisons nerveuses. Le poil lui-même est mort, comme tous les poils, mais sa base transmet en permanence des informations. Un souffle d'air suffit à la faire vibrer, et c'est cette vibration que le chat interprète.
Elles ne sont pas seulement sur le museau
Un chat porte une vingtaine de vibrisses de chaque côté du museau, réparties en rangées, mais aussi au-dessus des yeux, sur les joues et sous le menton. Le plus surprenant se trouve à l'arrière des pattes avant : ces vibrisses carpiennes entrent en jeu quand l'animal tient une proie ou un jouet, à un moment où il ne peut plus la voir. Nos faits surprenants sur les pattes prennent tout leur sens une fois ce détail connu.
Pourquoi elles comptent autant de près
Le chat voit remarquablement bien de loin et dans la pénombre, mais il ne fait pas la mise au point à quelques centimètres. Juste sous son nez, sa vision est floue. Les vibrisses comblent exactement cet angle mort : elles cartographient l'espace immédiat, signalent un obstacle avant le contact et détectent le déplacement d'une proie. C'est pourquoi il ne faut jamais les couper. Un chat privé de ses moustaches devient hésitant, se cogne et perd de son assurance, le temps qu'elles repoussent.
Mesurent-elles vraiment les passages ?
L'idée circule partout : l'envergure des moustaches correspondrait à la largeur du corps, et le chat s'en servirait pour savoir s'il passe. C'est vrai chez un animal de corpulence normale, et faux dès qu'il prend du poids, car les vibrisses ne s'allongent pas avec l'embonpoint. La règle tombe donc précisément là où elle serait utile. Mieux vaut y voir une aide à la navigation qu'un instrument de mesure.
Elles parlent aussi
Leur position renseigne sur l'humeur : portées vers l'avant, elles trahissent l'intérêt ou la chasse ; plaquées vers l'arrière contre les joues, la peur ou la défense. C'est un signal de plus à lire, au même titre que les mouvements de la queue.








